Une chose est certaine : on aura BEAUCOUP entendu parler d’Un Palais de flammes d’argent en cette fin d’année. Entre le classement un peu douteux proposé par La Martinière Jeunesse et les polémiques qui émergent autour de Sarah J. Maas, beaucoup ont jugé ce livre à la lumière des controverses qu’il suscite. Mais au-delà de sa réputation sulfureuse, que contient-il vraiment ?

Un Palais de flammes d’argent (ACOSF pour les intimes, de son titre original A Court of Silver Flames) est donc le quatrième tome de la série ACOTAR. Si les trois premiers opus contaient les aventures de Feyre Archeron, une humaine propulsée dans le monde des Faes, le quatrième volume offre le devant de la scène à Nesta, sa sœur.

(attention à partir de maintenant cet article peut légèrement spoiler le livre)

On retrouve donc Nesta là où on l’avait laissée après ACOFAS : sur les ordres de Feyre, elle se voit contrainte de suivre Cassian jusqu’au Palais des Vents où elle suivra un entrainement illyrien. Terminé la débauche, les soirée de beuveries et les sommes monumentales dépensées sur le compte de Rhys et Feyre, Nesta va devoir se reprendre en main de gré ou de force.

Personnellement j’ai trouvé cette retraite forcée un peu violente de la part de Feyre mais on comprend assez vite qu’il s’agit d’un acte désespéré pour tenter de la sauver. Les journées de Nesta se divisent entre les entrainements physiques avec Cassian et les travaux d’intérêt général qu’elle effectue à la bibliothèque. Son unique échappatoire ? Un escalier de 10 000 marches qui rejoint Velaris … et qu’elle échoue lamentablement à descendre à chaque fois qu’elle essaie.

Si elle refuse d’abord les entrainements et préfère rester assise dans le froid, elle va petit à petit avoir envie de tenter l’expérience jusqu’à apprécier pleinement l’exercice et chercher à se dépasser. Au passage elle va devoir vaincre ses traumas, retrouver une vie sociale, se confronter à un Cassian chaud bouillant et essayer de ne pas envoyer péter tout le monde (ni se faire étriper par Rhys). Un joyeux programme !

Inutile de vous le cacher, c’est un gros coup de cœur pour moi. Pourtant ce n’était pas couru d’avance : avant ce tome je trouvais Nesta absolument détestable et je n’avais aucune envie de lire un pavé centré uniquement sur elle.

Pourtant Sarah J. Maas opère un tour de force ou de magie et parvient à nous faire comprendre et aimer ce personnage que l’on croyait odieux. Elle s’est hissée dans mon cœur et elle est devenue une des héroïnes préférées de tous les temps.

C’est un livre qui est très long mais jamais ennuyeux et si certains retournements semblent un peu tirés par les cheveux, tout ce qui fonctionne parfaitement nous les font vite oublier.

Qu’est-ce qui fonctionne dans ce roman ?

Les personnages

Les lecteurs de  Sarah J. Maas le savent, elle a un talent acéré pour écrire de bons personnages. (D’ailleurs j’y consacrerai un dossier complet en 2022 ^^). Ils sont tous d’une profondeur et d’une épaisseur folles. Vivants, attachants, émouvants, énervants … Aucun ne laisse le lecteur indifférent. Que ce soit le couple sur le devant de la scène ou les personnages secondaires (chapeau à Gwyn et Emerie), tous ont l’air … vivants. Mais celle qui remporte la palme, celle qui resplendit sur le devant de la scène, c’est bien entendu Nesta !

Elle se livre de façon très intime aux lecteurs et on a accès à ses doutes les plus profonds, ses peurs d’enfants, ses rancœurs de jeune-fille et ses traumatismes de guerre. Cette ouverture la rend d’emblée lisible, compréhensible. On comprend pourquoi elle est odieuse avec son entourage.

Mais ce qui fonctionne parfaitement, c’est son évolution. Elle part d’une jeune-femme aigrie, méchante, de mauvaise-foi, débauchée, pour devenir une héroïne guerrière altruiste, drôle, courageuse et capable de sacrifice. Le cheminement est long et on le suit de bout en bout. L’autrice prend son temps, Nesta ne change pas du jour au lendemain. Les jours se répètent, inlassablement semblables avant que les changements n’opèrent. Cela commence par une petite broutille, un regard différent. Et on avance petit à petit dans son évolution.

Sarah J. Maas use de façon très intelligente de certains marqueurs pour notifier et mesurer le chemin parcouru : cet escalier infernal (elle essaie régulièrement de le descendre et petit à petit elle va de plus en plus loin, elle s’y confronte de nooombreuses fois avant d’y parvenir et les raisons changent, au début elle veut le descendre pour aller se saouler dans un bar, c’est finalement la blessure du rejet social et la colère qui en découle qui la pousseront à réussir), le ruban à couper, le pouvoir à contenir etc.

Les fusils de Tchekhov

Quand il est bien utilisé, ce procédé peut être redoutable. Chaque élément placé à un moment du livre servira à un autre moment. Cela créé un effet d’annonce assez satisfaisant et à mesure que l’intrigue s’intensifie, on sent les menaces planer, on devine les embuches futures. Et surtout, rien ne sort de nulle part.

Dans la troisième partie, Nesta, Gwyn et Emerie sont entraînées de force dans le Rite de Sang avec les guerriers illyriens. Cet évènement a été préparé en amont : on a évoqué ce rite a plusieurs reprises avant, de façon de plus en plus précise. Au début ce n’est qu’une anecdote racontée par Cassian, puis on le mentionne de plus en plus jusqu’à ce que Cassian invite les chefs illyriens à venir observer l’entraînement des filles pour leurs prouver qu’elles sont capables de prétendre au rite. Et c’est tout, elles ne souhaitent pas y participer. La scène donne l’impression de n’être qu’une étape dans l’entraînement de Nesta. Pourtant ces mêmes illyriens viendront la chercher pour la faire participer de force.

De même, la montagne à gravir lors du rite apparaît à de nombreuses reprises avant ça : sur les tableaux de Feyre, dans les souvenirs de Cassian …

Dans une moindre mesure, ce qui dénoue l’intrigue c’est la capacité de Nesta à maitriser la harpe. Or cette habilité est préparée : on nous dit depuis le début qu’elle aime danser, elle adore la musique des bars dans lesquels elle boit, il y a la scène du bal, celle du chant des prêtresses, le cadeau lié à la musique de Cassian … Elle était faite pour manier l’instrument légendaire !

La convergence des intrigues

C’est tout bête mais ça fonctionne : on suit trois ou quatre lignes d’intrigues différentes et à la fin on comprend qu’elles se rejoignent toutes et qu’elles découlent d’une trame maîtresse que l’on découvre. Je ne détaille pas pour ne pas trop spoiler mais je pense que vous saisissez l’idée et le côté également satisfaisant de ce procédé !

La gestion de la frustration

Elle est rondement menée ! On alterne entre des scènes très satisfaisantes (le bal, le solstice, la soirée pyjama des filles …) et d’autres parfaitement frustrantes, avec des conversations laissées en suspens, des actions inachevées, des non-dits.

Le rythme est intense, la tension continue.

Pour vous illustrer ça, quand Cassian et Nesta reviennent d’un rendez-vous avec Eris, ils ont une conversation très positive et c’est un moment joyeux de complicité … qui dégénère en dispute. Ils se séparent fachés puis réalisent, chacun de leur côté, leurs torts et veulent se retrouver pour s’excuser. A ce stade on attend ces retrouvailles avec beaucoup d’impatience. Mais notre besoin de les retrouver ne va pas être satisfait touuut de suite. Cassian va être envoyé en mission chez les mortels et Nesta va être embarquée dans le Rite sans qu’ils n’aient pu se parler. Frustration. Quand, au sommet de Ramiel, Cassian rejoint enfin Nesta et fait une entrée fracassante, on est soulagés et heureux, il arrive au moment parfait et on l’attendait depuis longtemps. Or on déchante rapidement quand on comprend qu’il est sous le contrôle Briallyn …

Bref, vous avez compris la mécanique 😉

Elle est bien rôdée chez SJM et cela fonctionne parfaitement bien.

Qu’on apprécie ou pas cette série, il s’agit de best-sellers et il y a toujours des leçons d’écriture à en tirer !

Au-delà de ça, c’est un livre magnifique, plus mature que les premiers tomes. Plus sombre aussi. Le chemin de rédemption de Nesta est somptueux. Sa relation avec Cassian est éclatante, mieux construite que celle de Feyre et Rhys.

J’ai adoré découvrir Cassian en profondeur, c’est un personnage si touchant ! (Sans mauvais jeux de mots :p)

Plus que d’aventures et de rebondissements, c’est un roman qui parle des émotions et de notre rapport à elles, de reconstruction, de traumatismes, d’acceptation de soi et des autres. Et il m’a touchée en plein cœur.

Attention, cet article parle d’un roman qui présente des scènes explicites, je ne l’ai pas précisé dans la chronique parce que ce n’était pas le sujet, mais si vous êtes mineur ou sensible ce livre n’est pas fait pour vous.


Sandy

Les livres et les bonnes histoires m’ont toujours accompagnée. Dans mes loisirs, comme dans mes études. Après un baccalauréat littéraire, j’ai suivi ma passion jusqu’en licence de Lettres Modernes puis jusqu’en Master à l’intitulé nébuleux (Imaginaires et Genèses littéraires) après lequel j’ai pris une année de pause en pensant me consacrer à mes petits projets trop longtemps remis au lendemain avant de poursuivre mon cursus en thèse. Cette année fut d’une richesse incroyable, j’y ai appris énormément de choses et surtout j’ai entrepris ! J’ai lancé ma chaîne youtube, le présent blog, j’ai fondé Magic Mirror éditions, j’ai écrit mon premier roman et entamé le deuxième … Tant et si bien que la thèse attendra encore un peu

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