Le Roi Magicien : entre lenteur et fulgurances

Je l’ai commencé pendant le confinement. En avril certainement. Et nous sommes en août au moment où je rédige cet article. Il m’aura fallu près de quatre mois pour venir à bout du Roi Magicien de Lev Grossman. Interminable vous avez dit ?

J’ai relu la chronique que j’avais postée au sujet du premier tome de la saga et force est de constater que cette expérience fut beaucoup moins réjouissante que la première. Les petits défauts que je pardonnais aisément au tome 1 se trouvent être exacerbés jusqu’à l’overdose dans le tome 2.

« Tu veux être un héros, mais tu ignores ce qu’est un héros. Tu crois que le héros c’est celui qui gagne. Mais un héros doit être prêt à perdre, Quentin. L’es-tu ? Es-tu prêt à tout perdre ? »

Le Roi Magicien, Lev Grossman, p.222

Pour vous situer rapidement l’intrigue : on retrouve Quentin roi de Fillory aux côtés de Janet, Eliot et Julia. Mais il s’ennuie ferme. Il ne goûte plus aux plaisirs de l’oisiveté royale et a besoin de se prouver qu’il est un héros. Il va donc se jeter à corps perdu dans la première quête qui se présentera à lui. Ce sera celle des sept clés d’or à retrouver aux confins du monde pour sauver la magie que les Dieux veulent reprendre. Mais dès la première clé trouvée les choses se compliquent : Quentin et Julia se retrouvent sans le vouloir renvoyés sur Terre et ils auront bien du mal à regagner Fillory …

Le livre est très long à démarrer. J’ai trouvé la première partie sur Terre ennuyeuse à souhait : il ne s’y passe pas grand-chose, on tourne en rond, Julia est exaspérante, on a envie de secouer Quentin et on sent bien que l’intérêt de la quête est ailleurs. L’intrigue repart un peu quand notre héros regagne enfin Fillory mais on réalise avec lui que de longs mois ont passé dans le monde magique, qu’Eliot en a profité pour prendre le relai et a déjà trouvé bon nombre de clés. C’est très frustrant : j’aurais préféré suivre les aventures d’Eliot plutôt qu’être bloquée de l’autre côté entre un Quentin à la ramasse et une Julia insupportable.

Au-delà des longueurs, je me suis trouvée peu impliquée émotionnellement dans cette histoire. Les protagonistes eux-mêmes n’ont pas l’air de comprendre vraiment les enjeux de leur quête ou du moins, la perspective d’un échec ne semble pas les émouvoir plus que ça.

« Quentin avala un goulée de gin-tonic tiède et éventé. Le cocktail avait le goût de la défaite. Ainsi mourait le rêve, dans une bourbasse de jetons de plastique aux couleurs vives, au milieu d’une chambre d’enfant pendant une fête d’adultes. »

Le Roi Magicien, Lev Grossman, p.261

Ce que je qualifiais dans mon article précédent « d’intertextualité savoureuse » avec Narnia m’est apparu cette fois comme une inspiration douteuse. Les aventures sur le Muntjac pour retrouver les sept clés sont très similaires à celle du Passeur d’Aurore et des sept épées, avec la découverte du bout du monde et de la dernière frontière …

Et malgré tout, moi qui n’hésite jamais à abandonner un livre qui ne me plaît pas, j’ai persisté. Car au fond, s’il m’a moins plu que le premier et m’a semblé interminable, je n’ai pas détesté ce tome.

La Julia de la série, pour le plaisir des yeux

S’il est moins développé et percutant que dans Les Magiciens, on retrouve avec plaisir un métadiscours autour du roman et de la place du héros. Et surtout, le plus intéressant pour moi a été l’arc autour de Julia. On y découvre comment elle a pu développer ses pouvoirs sans fréquenter l’école de magie. Et si son parcours se perd en longueurs et lenteurs inutiles, il finit par devenir palpitant dans le dernier tiers du roman. Si j’aimais déjà l’histoire de Julia dans la série, je la trouve encore plus réussie ici. Je ne rentrerai pas dans les détails pour ne pas vous spoiler mais on y aborde la question de la divinité, de la nature des dieux et de leurs intentions. C’est passionnant et terrifiant à la fois. Et c’est ce qui m’a motivée à venir à bout de cette lecture.

J’en ressors épuisée mais satisfaite, par contre je vais attendre un peu pour le tome 3 :p

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