Nous avons vu avec La Reine des Neiges que les adaptations pouvaient créer de toutes pièces des histoires d’amour qui n’existaient pas, mais le procédé le plus courant, que l’on voit aussi beaucoup dans les albums pour enfants, consiste à adoucir une histoire d’amour qui, dans le conte, se termine plutôt mal.

Les histoires d'amour qui finissent mal

Le plus célèbre, c’est peut-être La Petite Sirène. Quand le Disney sort en 1989, c’est la première fois qu’une créature mythologique se trouve être l’héroïne d’une œuvre des célèbres studios.

Parce qu’en effet, avant d’être mise en scène par Andersen (il s’agit encore une fois d’un conte de son cru), la sirène est une créature hybride avec un corps de femme et un buste d’oiseau, issue de la mythologie grecque. Elle entre dans la catégorie des monstres parce que avec son chant irrésistible, elle attire les marins pour les dévorer. C’est une créature de séduction, au sens premier du terme, seducere  qui, en latin, signifie détourner du chemin.

Elle devient une femme poisson un peu plus tard dans la littérature nordique, mais sa charge symbolique reste plus ou moins la même. Jusqu’à Andersen. Il inverse les rapports et si le monstre mythologique fascinait les hommes jusqu’à les perdre, dans son conte, ce sont les hommes qui attirent irrésistiblement la petite sirène.

Contrairement à La Reine des neiges, la trame principale du dessin animé La Petite sirène reste assez fidèle au conte malgré quelques différences. On a dans les deux une sirène qui monte à la surface et tombe amoureuse d’un prince pour qui elle abandonnera ses sœurs, sa queue et sa voix.

Comme différences on peut noter que les termes du contrat avec la sorcière des mers sont beaucoup plus stricts dans le conte. Elle est sensée se changer en écume si elle ne parvient pas séduire le prince. Elle ressent des douleurs physiques insoutenables comme si des lames s’enfonçaient dans ses pieds à chacun de ses pas. Et son mutisme est beaucoup plus violent puisque la sorcière lui coupe la langue.

Mais la divergence majeure, la plus importante, c’est la manière dont se termine l’histoire d’amour. Quand, dans le Disney, Eric est plus ou moins trompé et envouté par la sorcière des mers qui prend la voix d’Ariel, dans le conte il ne tombe pas amoureux de la petite sirène et s’éprend tout simplement d’une autre femme. Avec laquelle il va se marier. Le soir des noces, sur le bateau où dort le jeune couple, la petite sirène, folle de chagrin s’apprête à mourir symboliquement et à être donc changée en écume quand ses sœurs lui apparaissent. Elles lui donnent un poignard qu’elles ont obtenu de la sorcière des mers et lui expliquent qu’elle pourra redevenir une sirène si elle tue le prince et son épouse. Mais la sirène ne peut s’y résoudre, elle se sacrifie pour épargner la vie du prince.
A ce moment là, au lieu de mourir comme c’était prévu, elle quitte son corps physique et toutes ses douleurs pour devenir une fille de l’air, libre de voyager où elle veut pour apporter son aide aux humains.

C’est une fin qui peut paraître douce-amère mais qui en fait est très positive. Son destin tragique a été sauvé par son ultime acte d’amour. Epargner le prince et accepter qu’il en aime une autre.

L’amour peut être salvateur même s’il n’est pas partagé. Il peut y avoir une fin heureuse sans « ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants ».
Ici la petite sirène grandit, évolue. Elle est transportée dans un mouvement ascensionnel, elle ne fait que monter puisqu’elle passe de l’eau, à la terre puis à l’air. Cette verticalité, c’est le signe de son évolution psychique, de la transformation physique qui est aussi irréversible que le fait de grandir. On se trouve face à son parcours initiatique dont la conclusion n’est pas une histoire d’amour.


Dans ce conte, le happy end ne réside dans un amour partagé, mais dans la possibilité de voyager et d’aider les gens. Et ça, Disney est un passé à côté, comme la plupart des adaptations. 

Si cet article vous a intéressé, rendez-vous dans deux semaines pour celui sur La Belle au bois dormant 😀

Le saviez-vous ? Magic Mirror éditions a publié une réécriture de La Petite Sirène, Ce que Murmure la mer de Claire Carabas.

Categories: Lecture

Sandy

Les livres et les bonnes histoires m’ont toujours accompagnée. Dans mes loisirs, comme dans mes études. Après un baccalauréat littéraire, j’ai suivi ma passion jusqu’en licence de Lettres Modernes puis jusqu’en Master à l’intitulé nébuleux (Imaginaires et Genèses littéraires) après lequel j’ai pris une année de pause en pensant me consacrer à mes petits projets trop longtemps remis au lendemain avant de poursuivre mon cursus en thèse. Cette année fut d’une richesse incroyable, j’y ai appris énormément de choses et surtout j’ai entrepris ! J’ai lancé ma chaîne youtube, le présent blog, j’ai fondé Magic Mirror éditions, j’ai écrit mon premier roman et entamé le deuxième … Tant et si bien que la thèse attendra encore un peu

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