Et si Barbe Bleue était une femme ?

Il m’a longtemps effrayée avant de commencer à me fasciner. Avec sa grosse barbe, ses airs d’ogre et l’arbitraire de ses meurtres. On ne saura jamais vraiment pourquoi il a tué ses femmes si ce n’est pour punir leur curiosité. Et cette sentence terrible, « il vous faut mourir Madame maintenant », continue de me terrifier par le calme et l’implacabilité qu’elle dégage.

Alors quand on a reçu un manuscrit d’une auteure que nous ne connaissions pas à l’époque (fun fact : nous avons reçu Blue avant Le Musicien 😉 ) qui revisitait Barbe Bleue j’ai tout de suite été intriguée. A juste titre.

Annabelle Blangier nous entraine en Angleterre, dans le quotidien un peu morose de Charles, un jeune-homme effacé qui travaille dans un Café à défaut de pouvoir vivre de sa passion pour la peinture. Un jour, ses yeux d’artiste se posent sur l’étrangère dont tout le monde parle, la sublime et mystérieuse Blue.

Très vite, les jeunes gens vont se rapprocher et les noces vont être célébrées, au grand désarroi de la sœur de Charles, enquêtrice, qui voit d’un mauvais œil cette relation. Charles s’installe dans l’ancienne demeure du croquemort que Blue a acheté en arrivant en ville, et son épouse lui fait promettre de ne pas poser de questions quand elle s’absentera la nuit, et, surtout, de ne jamais entrer dans son cabinet dont il a pourtant la clé.

L’engrenage infernal est lancé. Blue est rayonnante de perfection. Sa belle-sœur mène une enquête clandestine pour tenter de la compromettre. Charles, qui n’arrive pas à peindre un portrait de sa femme, est rongé par la curiosité.

Je n’en dirais pas plus pour ne pas gâcher le plaisir de futurs lecteurs qui tomberaient sur cet article, mais la mécanique mise en place par Annabelle est effrayante d’efficacité, implacable. Comment une personne aussi charmante que Blue pourrait être à l’origine des disparitions inquiétantes qui se multiplient dans les bas quartiers ? On a beau connaître le conte originel, la question nous taraude jusqu’à la révélation finale, glaçante.

Travailler sur ce texte a été un tel plaisir ! L’ambiance baroque du conte est troquée contre une atmosphère un peu gothique qui fait frissonner et a le même pouvoir de fascination. L’esthétique du roman est soignée, oscillant entre le glauque et le sublime. La dynamique est implacable : on sait que l’on avance vers le drame, l’insensé, l’horrifique, et pourtant, comme Charles, la curiosité nous dévore et nous pousse à tourner les pages.

Faire de Barbe Bleue une femme est un véritable atout pour parler de condition féminine. Entre celle qui méprise les hommes et use de ses charmes pour obtenir ce qu’elle souhaite, et celle qui a choisi de se battre à armes égales pour prouver sa valeur, Annabelle donne la parole à deux femmes fascinantes.

Et, au-delà des questions sociales, c’est un roman qui nous parle d’amour, au sens profond du terme, décliné sous toutes ses formes mais aussi sous toutes les conséquences qu’il engendre …

Un roman parfait pour l’automne, à découvrir très vite, par ici 😉

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