Angoisses et cornichons | Journal de grossesse #2

Je vous avais laissés, chers lecteurs, sur la non-annonce au papa et ma prise de rendez-vous chez le gynécologue. Je vous propose aujourd’hui de vous replonger avec moi dans les souvenirs chaotiques de ce premier trimestre, alors que mon second trimestre est bien (bien) entamé à l’heure où j’écris et que baby danse la salsa dans mon ventre.

Le premier rendez-vous

Très vite après la fameuse prise de sang, je prends donc rendez-vous chez mon gynécologue. Parce que je ne sais pas quels médicaments je peux prendre (je vous rappelle que je souffre à ce moment là d’une sinusite de l’enfer :p), que j’ai dû annuler mon scanner des reins et que je me demande quelles seront les conséquences de reporter ça de potentiellement neuf mois, et surtout parce que je suis inquiète pour cette petite vie qui se développe et que je n’ose pas encore envisager comme un bébé. J’ai besoin de savoir très vite s’il y a bien un embryon, si le cœur bat, si tout démarre bien.

Au moment du rendez-vous, je dois en être à 6 ou 7 SA, c’est donc très tôt. Le papa peut venir, et spoiler, ce sera la dernière fois avant un loooong moment, merci le Covid-19. Le docteur nous montre un tout petit pois qui a l’air de palpiter. Il y a bien une grossesse. Sans surprise, elle est trop récente pour se prononcer sur quoi que ce soit. Il faudra revenir quelques semaines plus tard.

Et les autres …

Ce rendez-vous sera le premier d’une longue série de contrôles mensuels que j’attendrais entre impatience et angoisse et auxquels je me rendrai seule, pour la plupart.

Le suivant, celui au cours duquel le gynécologue devait me confirmer qu’il y avait bien un embryon et un petit cœur qui battait, aura lieu le lendemain du confinement. C’est bête mais j’étais très stressée à l’idée de sortir dans ces conditions, les règles n’étaient pas encore bien claires, j’avais l’impression d’enfreindre un interdit. Mon mari tenait à m’accompagner et à m’attendre dans la voiture, et moi je ne me voyais pas faire le trajet toute seule. Attestations en mains (je les ai gardées pour le souvenir :p) nous sommes sortis dans cette atmosphère de presque fin du monde. Et puis la bonne nouvelle a quelque peu contré cette ambiance morose.

Côté physique

Physiquement, ce début de grossesse n’a pas été de tout repos. Dès la huitième semaine, les nausées ont fait leur apparition et je ne sais toujours pas pourquoi on appelle ça « nausées matinales » : les miennes étaient là toute la journée, toute la nuit … Imaginez une gastro couplée à une gueule de bois qui dure trois mois. S’endormir avec l’envie de vomir, se réveiller en pleine nuit pour courir aux toilettes, se brosser les dents le cœur au bord des lèvres parce que avoir un objet dans la bouche c’est un supplice … J’ai beaucoup vomi. Parfois un simple bâillement ou une petite toux lançait la machine. A tel point qu’au lieu de prendre du poids, pendant ce T1 j’ai perdu 3 kilos. Youpi.

Niveau alimentation je n’ai pas eu beaucoup d’envies si ce n’est celle des cornichons : c’était la seule chose qui calmait mes nausées et passé un moment je pouvais en manger un demi pot par jour (je me souviens me balader dans toute la maison avec mon bocal dans les bras). Jusqu’à ce que je développe des énormes plaques de boutons certainement dues au vinaigre et que je calme le jeu. J’ai aussi été complètement dégoûtée du café et des sodas (alors que j’étais une grande consommatrice) et … du dentifrice. Voilà, voilà.

Enfin, une fatigue incommensurable s’est  emparée de moi pour ce premier trimestre : je passais mon temps à faire des sieste et en ça le confinement a été mon ami !

Côté moral

Moralement, ça n’a pas été évident non plus. J’ai été suivie par une psychologue pour ces premiers mois de grossesse, et je pense que sans elle ça aurait été pire, mais ça ne m’a pas empêché de mal vivre le T1. J’ai eu du mal à me détacher de ma première mauvaise expérience. Je pense que j’ai voulu me protéger émotionnellement cette fois-ci et j’ai érigé des barrières dans mon esprit et dans mon cœur. J’ai pris beaucoup de distance face à cette grossesse, je ne me suis absolument pas projetée, à tel point que j’en oubliais parfois être enceinte. Un jour, alors que je croisais ma voisine qui était sur le point d’accoucher, je me suis demandé « Est-ce qu’elle se rend compte de la chance qu’elle a ? » avant de réaliser que cette chance, je l’avais aussi.

J’ai donc été dans un mood un peu bizarre, sans me réjouir, en laissant les choses se dérouler et en les regardant de loin, en essayant de ne pas m’investir émotionnellement dans cette grossesse. Je me souviens avoir dit à ma psy que j’étais préparée à le perdre, que tous les jours je regardais ma culotte en m’attendant à y voir du sang.  Mais le sang ne s’est jamais pointé …

La première échographie

On en arrive à cette fameuse écho, réalisée un peu avant la fin du T1. Celle au cours de laquelle nous avions appris que le cœur ne battait plus pour ma première grossesse.

Je l’attendais autant que je la redoutais. Évidemment, je craignais le même scénario que l’année précédente d’une part, d’autre part j’avais espoir que cette fois-là adoucisse le souvenir horrifique de la dernière.

Coronavirus oblige, j’ai dû m’y rendre seule. Nous le savions et nous nous y étions préparés, mais ça a tout de même été très difficile à vivre. J’étais terrifiée à l’idée d’apprendre une mauvaise nouvelle toute seule et de devoir ensuite la transmettre moi-même à mon mari. Je me souviens du déchirement au moment de le laisser dans la voiture, de cette attente interminable et solitaire sur un banc en métal, de cette sage-femme à qui je dis d’emblée que j’ai vécu une fausse-couche traumatique avant cette grossesse. Je me souviens de mes mains qui tremblent et des larmes au bord de mes yeux au moment de monter sur la table d’osculation. De mon souffle que je retiens quand elle pose la sonde sur mon ventre encore plat.

Et là, tout de suite, je le vois. Cette fois-ci pas de grand sac noir, pas de petit embryon qui repose, comme endormi, au fond. Dès les premières secondes je distingue un profil, un petit nez, une bouche, des mains qui s’agitent. Je ne peux pourtant pas m’empêcher de demander si le cœur bat correctement.

« Oui ». Je crois que c’est le plus grand soulagement ressenti jusqu’à présent dans ma vie. J’ai eu l’impression que cette sage-femme m’annonçait que j’étais enceinte à ce moment-là.

Le reste est un peu flou. Je suis restée les yeux rivés sur l’écran à essayer d’emmagasiner le plus de choses possibles pour les raconter au mieux à mon mari. Les sms échangés en attendant l’impression des images. « Le cœur bat, le bébé va bien ». Je me suis accrochée à cette idée comme à une bouée de sauvetage. Pour la première fois j’ai commencé à envisager que j’allais peut-être devenir maman d’ici quelques mois. Et ça n’a fait que décupler mes angoisses … Mais ça, ce sera pour les souvenirs du T2 ;).

Toutes choses étant, mon ventre, que je désespérais de voir s’arrondir, à commencé à pousser deux ou trois jours après cette échographie.

Rendez-vous pour le T2 !

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1 comment

  1. C’est rarement une partie de plaisir le T1 j’ai l’impression Pareil que toi, je sais pas pourquoi on dit nausées « matinales », moi aussi c’était tout le temps, et le moment où ça allait le mieux c’était justement le matin et ensuite ça empirait petit à petit tout au long de la journée Je comprends ton angoisse de l’écho du T1 avec ce que vous aviez vécu… Ça a dû être tellement magique de voir le coeur battre ❤ Comme toi j’avais beaucoup d’appréhensions que le coeur ne batte pas ou qu’il n’y ait pas d’embryon. Quand j’ai vu cette petite tâche noire pulser à toute vitesse, j’ai été tellement soulagée!! Malheureusement pour nous la mauvaise nouvelle est venue après avec la mesure de la clarté nucale puis 10 jours après, quand on a eu les résultats du caryotype. On a maintenant un petit ange qui veille sur nous.
    J’ai hâte de lire ton article sur le T2 et te souhaite un excellent T3 ❤❤

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