Il y a 7 mois, je prenais ma plume pour vous raconter comment je n’ai pas vraiment annoncé que j’étais enceinte à mon mari. A ce moment-là je voulais écrire à propos de chaque trimestre de cette grossesse, fixer les souvenirs sur la toile pour ne jamais les perdre. Et puis, je ne sais quoi, un souci d’intimité, un soupçon de « mais ça n’intéresse que moi en fait », un peu de superstition aussi, m’ont fait abandonner cette idée. J’ai vécu ces quelques mois dans une bulle, confinée chez moi et coupée un peu des réseaux sociaux.

Mais, un mois après la plus belle rencontre de ma vie, alors que j’ai retrouvé mon poids avant grossesse, que la linea nigra que j’affectionnais tant commence à s’estomper de ma peau, alors que les premiers vêtements de mon fils lui vont petit et que les instants palpitants de cette grossesse et de sa conclusion se lissent pour se ranger dans mes souvenirs, j’ai envie d’écrire à nouveau. Vous parler de mon accouchement. Pour partager, pour ne rien oublier, pour conclure un cycle entamé avec l’article qui relate ma fausse couche. Alors pour ceux que ça intéresse … c’est parti !

Préambule

Avant de nous lancer dans les joyeusetés, il faut que je vous situe le contexte de ma fin de grossesse.

Je suis le genre de personne qui n’apprécie pas particulièrement les surprises, qui aime anticiper, prévoir, organiser. Autant vous dire que l’aventure de la grossesse a mis mes nerfs à rude épreuve. Ma date de terme (la date limite à laquelle j’étais sensée avoir accouché) avait été fixée au 6 novembre. Au long de ces neuf mois je n’ai eu de cesse de me dire « Au graaand maximum, le 7 novembre c’est terminé ». Mais j’étais persuadée que, comme la plupart des femmes de ma famille, je n’irais pas jusque là. J’attendais donc LE moment en octobre. Moment qui ne vint pas, vous vous en doutez.

La dernière semaine d’octobre, j’ai commencé à avoir peur. Plus les jours passaient, plus je sentais que ce bébé n’était pas près de venir, plus l’accouchement à venir me terrifiait. J’ai passé ma grossesse en apnée, à craindre qu’il n’arrive quelque chose in utero à mon bébé. J’attendais sa naissance comme une délivrance, il allait être là en chair et en os et ce serait tellement moins inquiétant pour moi ! Mais à l’approche du grand jour, ce passage obligatoire est devenu terrifiant.

Je suis arrivée au 6 novembre épuisée physiquement et moralement : impossible de dormir plus de deux heures sans aller faire pipi, des douleurs de dos de plus en plus présentes, le ventre sur le point d’exploser, les nausées qui revenaient, l’impatience à son comble, la peur toujours au rendez-vous, la vie en pause parce que ça pouvait arriver à tout moment, les hormones … J’ai vécu mon jour de terme au bout du rouleau, à me demander si j’arriverais à accoucher dans cet état.

Bon la question n’aura pas été très utile puisque je n’ai pas accouché ce jour-là. Le lendemain de mon terme, j’ai rendez-vous à la maternité pour faire le point. On me met sous monitoring, on vérifie mon col (qui n’a pas bougé, youhou), on me fait un décollement des membranes (moins douloureux que ce à quoi je m’attendais) pour faire venir bébé. Moi je suis toute contente, même s’il ne se passe pas grand-chose et que je reste une heure allongée à me tordre le cou pour regarder la ligne qui représente les battements de cœur de mon bébé, j’ai enfin l’impression d’entrer dans le vif du sujet. On me renvoie chez moi avec un nouveau rendez-vous 48h plus tard s’il ne s’est toujours rien passé.

L’échéance d’un déclenchement, voire d’une césarienne commence à se dessiner à l’horizon. Je le sais. On me laisse cinq jours après terme, pour que j’accouche naturellement. Ensuite … J’essaie de me préparer, de me faire à l’idée. Je fais le deuil de mon accouchement rêvé. Et je passe le week-end à marcher, sans trop y croire.

Lundi 09/11, 06H00

Je me réveille en sursaut. Une sensation étrange dans le bas-ventre, comme si un poing appuyait à l’intérieur, une pression dingue. J’ai l’impression que je vais me faire pipi dessus, je me lève précipitamment et je sens un liquide chaud couler le long de mes cuisses. Ça ne m’étonne pas plus que ça, dans le brouillard de la nuit mourante je me dis que ça commence vraiment à craindre si je ne contrôle plus ma vessie. Je vais aux toilettes. Une petite lumière commence à se faire dans ma tête, et si … ?

Je retourne dans la chambre chercher de nouveaux sous-vêtements à la lueur de mon téléphone. Mon mari se réveille et me demande ce qu’il se passe. J’éclaire les dégâts de cette eau qui ne s’est pas arrêté de couler et on comprend tous les deux qu’il se passe, enfin, quelque chose. Mais je n’ose y croire. J’ai rendez-vous à la maternité à midi, ça peut surement attendre jusque-là, je dis à mon mari de se rendormir (chose qu’il ne fait pas, merci à lui).

Assise sur mon ballon je téléphone au numéro d’urgence que l’on m’a donné, j’explique, en bafouillant un peu, que je suis à J+3 de mon terme, que je pense être en train de perdre les eaux mais que je dois venir à midi. La sage-femme au bout du fil me dit que je vais quand même devoir venir dans les 2h pour me faire examiner si je perds du liquide.

Fébrile, je me relève, et l’eau ne se contente plus de mouiller ma culotte et mes jambes, je découvre une petite flaque au sol, à mes pieds. L’excitation monte. Je reste bloquée sur place. Et si ça commençait vraiment ? J’aurais peut-être une chance que le travail se déclenche naturellement ? J’appelle mon mari pour qu’il vienne constater l’eau sur le parquet, confirmer que je ne rêve pas.

Alors qu’il nettoie, je me dirige vers la salle de bain en ayant envie de rire à chaque goutte qui tombe au sol. Cela me paraît tellement incongru de perdre les eaux alors que j’avais accepté l’idée du déclenchement. J’envoie un message à ma mère. Quelque chose comme « Je crois que c’est le moment » avec une photo de ma première culotte trempée.

Je prends ma douche, j’ai l’impression de flotter. J’enfile les vêtements que j’avais préparés pour l’occasion. Je me sens étrangement sereine alors que je m’étais imaginée être terrorisée à ce moment précis. Je reprends la Checklist du Départ que j’avais épinglé sur le frigo, vérifie que toutes les tâches ont bien été effectuées. Alexandre s’agite à rassembler les affaires. Moi je profite pour câliner une dernière fois mes chats, je leur explique pour la centième fois que je vais partir quelques jours et que quand je reviendrais, le bébé sera avec moi. Je prends une dernière photo de mon ventre. Il est déjà 7h00 passées, il va falloir y aller.

La toute dernière photo 😉

Je laisse Alex fermer la porte et je descends avant lui. Je n’aime pas les au revoir, les portes qui se ferment. Je veux partir comme si j’allais revenir dans quelques heures. C’est bête mais après avoir passé des mois confinée chez moi, l’idée d’aller dormir plusieurs jours à l’extérieur, laisser mon cocon, mes chats et mes habitudes m’angoisse.

En bas, ma mère m’attend. Elle s’est levée pour l’occasion. Pendant que mon mari charge la voiture et que le jour se lève, nous échangeons quelques mots tremblotants. Pour la première fois depuis des mois de Covid-19, on fait fi des gestes barrières et elle me prend dans ses bras. Je sais que c’est la dernière fois. Que la Sandy qui reviendra ne sera jamais la même que celle qui est en train de pleurer sur l’épaule de sa mère, quoi qu’il arrive. Et quelque part, cela brise un petit bout de mon cœur. J’écourte le câlin pour ne pas m’effondrer. En la laissant sur le parking de ma résidence, je lui lance « La prochaine fois que l’on se voit, il sera là ! » pour me donner du courage, pour donner du sens à ce que je suis en train de vivre. Et je m’efforce de sourire.

La voiture démarre et je laisse mon ancienne vie derrière moi.

Sur la route, bébé donne des coups et je crois que je commence à avoir des contractions. Je suis joyeuse. Je m’attendais à un départ plus déchirant, plus apeuré. J’ai réussi à contrôler mes émotions, du moins plus qu’escompté. On est désormais dans le vif de l’action, on y est enfin, je n’ai plus que ça en tête.

07H40

Nous arrivons à la maternité. Alex me dépose près de l’entrée et va se garer plus loin. Je patiente en trépignant. J’ai peur que mon pantalon soit mouillé mais avec mon ventre je n’arrive plus à voir au-dessus de mes genoux. Tant pis !

L’enregistrement doit se faire aux urgences. En entrant Alex lance au vigile « Elle est en train d’accoucher ! ». Je me dis que ce monsieur en a certainement rien à faire mais je ne sais pas pourquoi, cela m’attendri. Covid oblige, on m’isole pour prendre ma température. Enfin, toutes les formalités effectuées je retrouve mon mari et nous dit que l’on peut monter au bloc obstétrical.

On traverse cet hôpital blanc ou règne un clame absolu à cette heure. Je suis impatiente et sereine. On y est, enfin !

Heureusement que je ne suis pas seule, difficile de me souvenir du chemin pour le bloc obstétrical dans ce dédale de couloirs qui s’enchaînent. Alex me guide. On arrive devant une porte fermée et un interphone. « Bonjour, je crois que j’ai perdu les eaux ». C’est marrant comme mon syndrome de l’imposteur s’insémine dans chaque aspect de ma vie. J’ai peur de m’être trompée, de ne pas avoir perdu les eaux, de ne pas être en train d’accoucher. Alors, pour ne pas avoir l’air bête aux yeux des sages-femmes, je minimise, je n’affirme rien.

La porte s’ouvre. Une d’entre elle vient nous chercher. On pénètre enfin au cœur du labyrinthe, là où tout va se jouer. La sage-femme nous installe en salle de monitoring. Elle m’examine, confirme que j’ai bien rompu la poche, sangle mon ventre de capteurs. J’entends le cœur de mon bébé. L’appareil enregistre quelques contractions que je sens mais qui ne me font pas mal. En revanche l’énorme cathéter que l’on me pose sur la main lui me fait souffrir. On vient me faire un test PCR #Covid19. Entre deux visites du personnel, je fais un petit malaise, les sangles serrent trop fort mon ventre, j’ai des sueurs froides, mes jambes tremblent sur le lit, assez fort pour que Alex le remarque, quelqu’un vient. Rien de grave.

On vient enfin me libérer. On nous explique que je ne rentrerai pas chez moi, le travail est bel et bien en route même si ce n’est pas pour tout de suite. Toutes les salles de pré-travail sont occupées alors on pourra rester dans la salle de monitoring en attendant, prendre une douche, faire du ballon. On m’invite à sortir et à marcher pour mobiliser le bassin. Je textote ma maman et deux amies pour les tenir au courant.

Je ne sais pas combien de fois nous avons fait le tour de l’étage. On fait des pauses à chaque contraction. Au détour d’un couloir je croise une autre femme enceinte qui attend devant l’interphone dans lequel j’ai parlé quelques heures plus tôt mais cela me parait déjà si loin. Elle me sourit et me souhaite bon courage.

10H20

Retour dans notre chambre/salle de monitoring. Une sage-femme à l’air un peu gêné vient nous expliquer que le service est saturé, ils ont besoin de mettre quelqu’un sous monitoring. On va devoir libérer la salle. Elle nous demande de patienter hors du bloc obstétrical, dans un hall, quelqu’un va venir nous chercher pour nous installer dans la chambre que nous occuperons pour notre séjour ici.

Je me sens mal alors que l’on s’assoit sur ces sièges un peu trop durs. On est sorti du bloc obstétrical, du cœur du labyrinthe. Je n’ai pas été assez efficace, je ne suis pas assez en train d’accoucher pour avoir droit à une salle de travail ou de pré-travail. J’ai l’impression d’être nulle. Mais les contractions qui commencent à se faire franchement sentir chassent ces pensées. Alex m’avoue qu’il les comptabilise depuis un certain temps. Toutes les 10 minutes. Ça se rapproche.

11H40

Toujours dans le hall, personne n’est venu pour nous. J’ai trouvé une position supportable, les fesses au bord du siège, les jambes tendues. La sage-femme revient nous voir en s’excusant : toutes les chambres sont également prises, il va falloir attendre qu’une d’entre elle se libère et soit désinfectée. J’ai de plus en plus mal à la main et je réalise que mes doigts ont triplé de volume sous le cathéter. Je serre les dents, ça va aller, un endroit quelque part va bien finir par se libérer pour nous.

On entend ce qu’il se dit en salle de pause, c’est bientôt l’heure du repas. La sage-femme engueule quelqu’un, parce qu’elle est partie fumer au lieu de faire les chambres, parce que « la dame est en train de contracter depuis une heure, elle a besoin d’une chambre ! ». Je me sens un peu gênée.

13H30

Je m’étais presque résolu à accoucher dans ce hall quand on vient nous chercher. Le ménage vient juste d’être fait, le sol est encore mouillé, « attention de ne pas glisser ». Je m’excuse plusieurs fois de les avoir dérangés.

Quelqu’un me demande si j’ai faim, et il n’en fallait pas plus pour me redonner le sourire ! Je vais pouvoir manger ! Alex descend chercher les valises alors qu’on m’apporte du chou farci sous vide qui me parait si bon sur le moment.

Je montre ma main à quelqu’un sans savoir réellement son rôle, elle pense que c’est normal. Je n’arrive plus à textoter et de toutes manières de réalise que j’oublie de plus en plus de donner des nouvelles, il se passe plusieurs heures entre chacun de mes messages. Je demande à Alex de prendre le relai pour ne pas que ma mère s’inquiète trop.

Je prends une douche et enfile un pyjama plus confortable que mon jean de grossesse. C’est quand je reviens me coucher sur le lit qu’elle arrive. Elle me surprend. La première contraction qui me fait oublier qui je suis et pourquoi je suis là. La douleur m’emporte comme une vague immense. Je me sens impuissante, démunie, je me tends, me tortille. Quand je retrouve mes esprits je suis sur le côté, accrochée à la table à langer qui jouxte le lit. D’accord, ça va être dur.

On vient examiner mon col, je ne me souviens plus de la dilatation exacte mais c’est peu, si peu. On me demande si j’ai un projet de naissance particulier. J’ose à peine dire que je ne souhaite pas bénéficier de la péridurale : je suis déjà exténuée, j’ai déjà si mal, que mes convictions commencent à flancher. Je demande à la sage-femme si elle pense qu’il sera là aujourd’hui, elle me dit que oui, certainement dans la soirée, peut-être dans la nuit. Je comprends que ça va être long. On demande un ballon, qui ne viendra jamais.

A partir de là les souvenirs sont flous pour moi et ma mémoire saute d’un moment marquant à l’autre en laissant un brouillard cotonneux entre eux. Je me vois assise sous la douche à mettre de l’eau chaude sur mon ventre et à me tordre de douleur sur cette chaise en plastique. Je me souviens avoir vomis dans une bassine que Alex tenait près de moi alors que je m’étais juré de réussir à me lever pour aller aux toilettes si ça devait arriver. Je le visualise en train de d’écrire frénétiquement à ma mère alors que je suis incapable de me concentrer assez pour leur parler, à lui comme à elle. Je m’entends lui dire plusieurs de ne pas appeler les sage-femmes. Je sais qu’à un moment le cathéter a enfin servi pour m’injecter du paracétamol et je crois que j’ai dormi, un peu. Avant que la douleur ne revienne de plus belle.

Je pensais vraiment accoucher sans péridurale. Depuis que je suis toute jeune la question a toujours été réglée dans ma tête : je voulais être actrice de ce moment, ressentir tout, être une guerrière en communion avec mon bébé.

J’avais lu des dizaines de témoignages, des livres, regardé des vidéos, appris comment accompagner les contractions. J’avais accepté de souffrir. J’étais prête.

Sauf que là où je m’attendais à ressentir une douleur qui transporte, qui transcende, qui donne la force d’une lionne, il n’y a eu pour moi que misère et chaos. Loin de m’élever, pour moi c’était une souffrance qui me brisait, qui m’arrachait des larmes et qui me laissait en miette au sol à chaque contraction.  Rien de glorieux ou d’enivrant, je ne me suis jamais sentie aussi démunie, aussi vulnérable, aussi seule. Je ne maitrisais rien, je subissais, sans pouvoir me relever.

Je ne sais pas vraiment quelle heure il était quand une sage-femme est venu m’examiner de nouveau le col. 5 cm. La moitié du chemin. A ce moment-là j’ai su que je n’y arriverais pas même si je n’ai pas voulu me l’avouer tout de suite.

Elle me dit que je m’en sors bien, qu’ils ne m’ont pas encore entendu crier.

17H05

Je ne sais pas comment je suis arrivée là mais je suis recroquevillée, à moitié sur le sol, à moitié sur le fauteuil destiné aux papas. La douleur est insoutenable et je m’entends souffler « Mais pourquoi ? … ». Alex amorce une explication à base de « C’est normal, tout le monde souffre en accou … », je le coupe. « Non, pourquoi j’ai pas encore la péridurale ? ». C’est le déclencheur, je crois que c’est la première fois que je verbalise cette capitulation. Il appelle les sages-femmes pour leur en faire part.

Miracle, elles sont d’accord. On va bientôt venir me chercher pour me faire de nouveau entrer au bloc obstétrical. Je n’ose y croire mais cette idée me rebooste.

Je ne sais plus à quelle heure elles sont venues. Je sors de ma chambre comme si je découvrais un nouveau monde. Elles me proposent de m’asseoir dans un fauteuil roulant. Je décline. Tant que je peux marcher, je veux le faire. Je veux entrer dans le cœur du labyrinthe debout.

Nouveau périple dans les couloirs. Notre petit convoi fait halte à chaque contraction. Une des sage-femmes me dit que je gère super bien ma douleur. Je ris jaune. Si je gérais si bien je n’aurais pas besoin de la péridurale. Elle doit dire ça a chaque future maman.

On nous introduits dans une pièce où trônent un lit et des machines, en nous disant que quelqu’un va venir s’occuper de moi. Je contemple chaque recoin avec émotion, c’est donc ici que mon bébé va vivre ses premières secondes. Il y a un ballon. Alex me propose de m’y assoir mais je refuse. A ce stade la seule position supportable pour moi c’est debout sur la pointe des pieds, le buste appuyé contre le rebord du plan de travail. Il m’invitera plusieurs fois à essayer le ballon jusqu’à ce que je m’entende lui lancer « Mais lâche moi avec ton ballon ! ».

Un maïeuticien vient se présenter. Il a l’air fatigué. Il nous explique que l’anesthésiste est occupé sur une césarienne, que la pose de la péri ce n’est pas pour tout de suite. En attendant il va tout préparer pour que ça aille plus vite le moment venu. On le regarde s’affairer.

Le plan de travail n’étant plus accessible, je m’appuie sur le lit à chaque contraction et me relève quand elles passent. Il m’observe du coin de l’œil et finit par me demander si « elles sont toutes si courtes que ça ? ». Elles devraient durer plus longtemps ? Retour du syndrome de l’imposteur. Et si ce n’étaient pas de vraies vraies contractions de travail ? S’ils s’en rendent compte peut-être que je n’aurais pas la péri, peut-être même qu’ils me renverront encore en chambre ? Je panique. Alors je mens un peu. « Non non certaines sont plus longues ». Lui aussi me dit que je gère bien. J’ai l’impression d’être une affabulatrice.

Il me barde de fils : des capteurs cardiaques, un brassard qui me prend la tension toutes les 5 minutes, deux capteurs sanglent mon ventre pour enregistrer le cœur du bébé et mes contractions, le cathéter est relié à une poche … Il me fait me positionner déjà pour la péridurale et je ne peux plus vraiment bouger. Assise les contractions me paraissent encore plus douloureuses mais je serre les dents. C’est bientôt terminé. (Spoiler : nope)

19H30

Pendant l’heure et demie qui a suivi il est venu plusieurs fois nous dire que l’anesthésiste n’allait pas tarder, que j’allais devoir tenir encore un peu. Et à 19H30 une sage-femme est venu se présenter comme celle qui allait prendre le relai pour la nuit. Okay, c’est donc la première personne qui va voir mon bébé, s’il se décide à sortir à un moment. Je ne vois que ses yeux derrière son masque mais elle a l’air gentille. Elle introduit rapidement une deuxième personne : l’interne en anesthésie qui vient de commencer son service de nuit et qui va poser cette péri que je n’attendais plus.

La pression monte d’un coup. Je ne m’étais pas préparé psychologiquement à la péridurale. J’ai une peur monstrueuse des aiguilles et l’idée d’avoir un cathéter entre deux vertèbres me terrifie. J’ai envie de me défiler mais je me botte les fesses mentalement : je l’ai demandée, tout est prêt, l’anesthésiste est là, je n’ai plus le choix. Ce sera vite finit. Haut les cœurs.

L’interne est adorable et si bienveillante que j’ai envie de pleurer : elle autorise mon mari à rester pendant l’opération (je pensais que c’était impossible) et fait preuve d’une grande douceur. Elle m’explique tout ce qu’elle fait, à chaque étape. Le champ stérile est installé sur mon corps, je fais le dos rond, serre fort les mains d’Alex. On attend qu’une contraction passe. Première piqure qui brûle un peu. On laisse passer la seconde contraction et c’est le moment. J’inspire, j’essaie de ne pas trembler. C’est un peu douloureux, je le dis. Elle me demande de quel côté et je confonds ma droite et ma gauche. J’ai un peu honte de ne pas avoir sur taire cette douleur.

20H00

 C’est enfin terminé : elle est posée cette fichue péri et moi je suis soulagée. On me fait m’allonger. L’interne reste avec nous un petit moment pour s’assurer que je supporte bien tout ça. Elle me précise que je vais peut-être ressentir des fourmillements dans une jambe. Ah bon ? Parce que je les sens dans les deux. Puis ça remonte jusqu’à mon ventre en fait. Et j’ai chaud, très chaud. Alex me fait de l’air, je crois qu’on ouvre une fenêtre. Je vois un peu flou mais j’entends l’interne dire que ma tension est tombée à 7. Je me dis que ce n’est pas beaucoup et je crois bien que je m’endors.

Quand je reprends conscience, l’interne est toujours là mais je me sens mieux. On finit par nous laisser tous les deux. Les minutes s’égrènent et toute douleur s’envole. Je demande à Alex de me prendre en photo, de l’envoyer à ma mère et de légender « Vive la péri ».

La sage-femme vient m’examiner : mon col est désormais ouvert à 8 cm ! Je n’en reviens pas, je m’attendais à ce que cela n’ait pas bougé. Finalement j’aurais tenu jusque-là sans péri. C’est mieux que rien.

Le regard de la sage-femme se voile un peu. La tête du bébé est mal positionnée, elle est sur le côté. Je lui demande si c’est grave. Elle me dit qu’il peut encore la tourner d’ici à la sortie. D’accord, mais s’il ne la tourne pas, je pourrais accoucher par voie basse quand même ? Est-ce qu’il risque quelque chose ? Pas de réponse claire, elle tourne un peu autour du pot, murmure que le gynécologue de garde réussira peut-être à le faire pivoter. J’encaisse. Si le gynécologue vient c’est que l’accouchement ne se passe pas très bien, que le risque d’intervention instrumentale voir de césarienne n’est pas loin. J’essaie de m’y préparer.

20H30-22H

J’enchaine phases de sommeil et d’éveil. J’ai l’impression de rêver et d’être consciente en même temps. Je dis à Alex que c’est comme si j’étais « bourrée ». Je radote sur mon envie d’accoucher avant minuit parce que le 9 « je le sens bien, c’est un multiple de 3 ! ». Je délire au sujet de lézards verts. Je ne sais plus si je le verbalise ou si ça reste dans ma tête mais je m’extasie à chaque fois que le brassard prend ma tension, « c’est comme si un ami serrait mon bras ».

Alex me fait boire à la paille régulièrement et à chaque fois mon rythme cardiaque s’emballe. Ça me fait rire. Je sens encore mon bébé donner des coups. Je suis bien.

22H

La sage-femme revient avec un appareil pour faire une échographie. Bébé à encore la tête tournée et je suis désormais dilatée à 9,5 cm. Elle a l’air préoccupé.

Elle pratique un geste qui me faisait également très peur, elle me sonde : elle insère un tuyau dans mon urètre pour vidanger ma vessie. Je serre les dents mais ce n’est finalement pas douloureux. Je demande si je dois forcer pour faire pipi mais en fait ça se vide tout seul et c’est déjà fait, je ne l’ai pas senti. Cela fait rire Alex.

Au fil de la soirée, à chaque visite de contrôle on me fait changer de position, sur la gauche, sur la droite, sur le dos. Je m’emmêle dans tous les fils qui m’entourent, cela m’oppresse. Tout mon ventre jusqu’à ma poitrine me démange, j’ai envie de m’arracher la peau.

Plus le temps passe, plus je reviens à moi. Je récupère mon esprit et ma douleur. On revient me mettre une dose d’anesthésiant mais cette fois-ci plus de rêves, je reste présente au moment et au monde qui m’entoure. J’ai peur de ne pas y arriver. Je suis exténuée, j’ai l’impression que ça n’avance pas.

23h15

Bébé n’a toujours pas voulu se mettre dans la bonne position. On m’annonce que mon col est entièrement dilaté, à 10 cm. Il doit encore s’engager dans le bassin, mais on y est c’est la dernière ligne droite.

Alex me laisse seule pour aller aux toilettes, en dehors du bloc obstétrical. Je fulmine au milieu de mes câbles en me disant que si j’accouche maintenant, sans lui, je dirais à notre fils que son père n’a pas assisté, non pas à cause du Covid, mais parce qu’il n’a pas pu se retenir de faire pipi.

23H59

Ça y est, c’est officiel, mon bébé ne naîtra pas le 9. J’espère que ce sera le 10, je commence à désespérer. Nouveau contrôle. Rien n’a bougé. Ni la tête, toujours tournée, ni le bébé en lui-même qui n’a toujours pas commencé sa descente. Je sens la tension de la sage-femme. Elle décide de m’injecter de l’ocytocine de synthèse pour aider.

A ce moment-là je suis certaine de ne pas y arriver. Je sais que je n’aurais pas la force de mener au bout cet accouchement. Trop épuisée physiquement et psychologiquement. Si je n’ai pas réussi à le faire sortir jusqu’à maintenant, pourquoi j’y arriverais plus tard ? Petit à petit je me résigne. J’attends qu’on vienne m’annoncer que c’est trop long, que je ne suis pas assez efficace et que l’on va me faire une césarienne. Et étrangement, cette pensée me fait gagner en sérénité.

Pour faire passer le temps, on s’amuse à scruter le tableau de contrôle où s’affichent les monitorings des autres salles de naissance. On compare les courbes que dessinent mes contractions à celles des autres mamans, on se demande lesquelles sont sur le point d’accoucher.

Petit à petit, la douleur revient, insidieusement. Elle est plus basse, plus sourde. Elle arrive a petit pas mais finit par m’emporter comme celle de l’après-midi qui m’avait terrassée. Là je ne peux pas me mettre debout pour trouver une position moins douloureuse. Je suis coincée, je suffoque, je panique. Je sanglote. On presse le fameux bouton rouge pour appeler. Mais personne ne vient. Je crois que je commence à crier, je n’arrive pas me retenir. Je ne sais pas combien de fois Alex aura appuyé sur ce bouton avant qu’une sage-femme que l’on n’a pas encore vu arrive. Elle a l’air agacé. Elle nous dit que celle qui s’occupe de moi gère aussi une deuxième salle et que la dame qui s’y trouve est en train de pousser. Je vais devoir patienter. Je lui exprime ma douleur. Elle me dit que c’est normal. Non je n’aurais pas de nouvelle dose d’anesthésiant, l’effet marche bien dans le ventre, dans le bassin c’est inutile. Accoucher ça fait mal Madame, il faut accepter la douleur.

Je passe l’heure suivante à me tordre et me tendre sur cette table. Je n’en peux plus. Ça ne s’arrêtera donc jamais ? Alex propose de me caresser comme on l’a appris pendant les séances d’haptonomie. Je rétorque que s’il fait ça, je le frappe.

1H40

Ma sage-femme revient. Je n’y croyais plus. Elle a le regard fatigué et tendu. J’aimerais savoir si mon bébé est enfin descendu, mais elle ne m’examine pas cette fois-ci. Elle m’explique que ça fait deux heures que je suis à dix centimètres, on ne peut pas attendre plus, il faut pousser. Elle commence à mettre en place les étriers. Pardon ?

J’insiste. Pourquoi pousser si bébé est encore haut dans le ventre ? « C’est comme ça, deux heures à dix, pas plus ». Ça ne répond pas à ma question. Je ne me sens pas prête à pousser. J’ai l’impression que ça ne va servir à rien.

Elle me présente l’auxiliaire de puériculture qui va pratiquer les premiers soins à mon bébé. Je me sens à des années lumières de ça, j’ai la sensation qu’il ne sortira jamais.

Elle m’examine enfin. Son regard s’illumine « Il a tourné sa tête ! ». C’est déjà ça, je ne sais toujours pas ce que ça aurait impliqué s’il avait gardé la tête sur le côté, ni s’il est enfin descendu. Mais à ce stade je me laisse porter, ce n’est plus le moment de tergiverser.

Cuisses en l’air, mains derrière les genoux, on me dit de pousser à la prochaine contraction. Je ne suis pas convaincue. Je ne ressens pas cette fameuse envie irrépressible de pousser dont parlent les témoignages que j’ai lus alors je me dis que ce n’est pas le moment. Mais je crois me souvenir qu’en France on ne laisse pas pousser les femmes plus de 30 minutes sans appeler un gynécologue. Alors dans ma tête un chronomètre s’enclenche. Une contraction arrive. Je force sans trop savoir comment faire. Rien ne se passe. Entre mes jambes, la sage-femme m’indique comment inspirer, bloquer et souffler de façon à pousser trois fois sur une même contraction. A la suivante je m’exécute. Je ne sens pas de changement mais elle me dit que c’est mieux. Je dois soulever mon corps, m’enrouler sur moi-même pour aider mon bébé.

Mais bien vite, les contractions se tarissent. Calme plat à l’horizon. Mon mari, la sage-femme, l’auxiliaire et moi nous regardons dans le blanc des yeux. Il ne se passe rien. Je culpabilise. Je m’excuse auprès de tout le monde. Du temps perdu, de ne pas y arriver. Le temps s’allonge et les secondes durent des siècles. Je demande si mon bébé à mal, s’il peut souffrir. On me rassure sur ce point.

Ce qui m’est apparu comme une éternité a en réalité duré 10 minutes. Les contractions finissent par revenir. Je sens la première poindre à l’orée de mon bassin. Je préviens la sage-femme. On y retourne. Elle appuie son doigt quelque part en bas pour m’indiquer où concentrer ma poussée. Je donne tout. Je me découvre des forces insoupçonnées. Mon corps ne ressent plus aucune douleur, chacune de mes cellules est concentrée sur cet effort.

La sage-femme me demande si je sens mon bébé. Je balbutie que non, pas vraiment. « Alors la péridurale doit vraiment faire bien effet ». Ce qui m’étonne parce que cela fait des heures que j’ai retrouvé toutes mes sensations. Alors j’ai une fois de plus l’impression d’être un imposteur. Si je devrais sentir mon bébé à ce stade et que je ne le sens pas, c’est peut-être que je ne suis pas encore prête à accoucher, cela expliquerait pourquoi ça n’avance pas.

Elle me dit que je fais du bon travail, que le bébé avance. Je ne la crois pas vraiment. Et puis, après une contraction elle me dit « Il a des cheveux ! ».

Mon cœur explose. Il a des cheveux. Elle le voit. Il existe vraiment. Celui que je n’ai pas osé imaginer pleinement depuis 9 mois, de peur de le perdre, est là. A la lisière de la vie. Sur le point d’arriver. Cela me donne les ailes qui me manquaient.

Avant la contraction suivante, elle me demande si je veux toucher sa tête. C’est mou et visqueux. Mais ça me motive tellement. Alex me dira plus tard qu’il a pu le toucher aussi, mais je ne m’en souviens pas.

2H22

Il est là, tout prêt. Mes doigts viennent de caresser ses cheveux. Contraction. Mon corps m’offre des ressources que je ne lui connaissais pas. Et là, je le sens. J’interroge la sage-femme pour savoir si elle appuie toujours avec son doigt. Non. « Alors je sens le bébé ! ». Oh mon dieu, je le sens ! C’est pour de bon, c’est pour de vrai. Je commence à croire à mon accouchement.

Je demande s’il va sortir à la prochaine. La sage-femme rigole. Elle pense qu’il faudra encore deux ou trois poussées, mais que ça peut être un défi pour moi. Je murmure dans un râle : « ça a prit deux ans et demi pour que je tombe enceinte, j’ai fait une fausse couche, il a quatre jours de retard, j’ai perdu les eaux à 6h hier, maintenant il faut qu’il arrive ! ». Je l’entends dire d’un air désolé qu’elle a lu dans mon dossier pour la fausse couche mais je ne l’écoute pas. C’est à moi que je parle. « Allez. Allez ! ».

Je la sens arriver, elle vient de loin, du plus profond de moi-même. Cette fois-ci la vague ne me submerge pas, je glisse avec elle. Je pousse de toutes mes forces. Et quand je n’ai plus aucune force, je pousse encore. Tellement fort que je m’en arrache le cathéter. Je sens mon bébé avancer. J’entends qu’on m’encourage « Oui ! Oui ! Il est là, ne vous arrêtez pas ! ». Je n’y comptais pas. Je ne me suis jamais sentie aussi puissante de ma vie. J’accompagne mon bébé, je le sens. Je le fais avancer. Moi, juste moi. J’y arrive. Je me dis que plus rien ne me fera jamais peur, que je suis capable de tout. Je ressens une confiance en moi qui m’a toujours fait défaut.

Je pousse toujours, dopée par ce sentiment enivrant. Je ne sais pas depuis combien de temps je n’ai pas respiré mais je m’en fiche, ça ne compte pas. Tout ce qui importe c’est ce petit corps qui transcende le mien. Qui se fraie un chemin vers la vie. Il se passe quelque chose de l’ordre du sacré dans cette petite pièce, à la faveur de la nuit.

Le temps suspend sa course. Tout se fige alors que mon fils nait. Ce passage de seuil, entre lui qui sort de mon corps et moi qui devient mère, c’est la seconde la plus incroyable, la plus intense qu’il m’ait été donné de vivre.

Elle l’attrape. Et alors que je tends les bras pour le récupérer, tout bascule dans mon cœur. Rien de ce qui comptait avant n’a d’importance désormais. Le monde s’arrête de tourner et mon centre de gravité change. Le petit corps si chaud, si doux que l’on pose sur mon ventre devient le centre absolu de mon univers. Ce n’est même pas de l’amour, c’est bien au-delà. Quelque chose d’archaïque, d’animal. Tout prend du sens. Les mois d’attente, les incertitudes, la peur, la douleur de la perte, les heures de souffrance. Je suis à ma place, ici et maintenant. Je n’ai jamais autant été à ma place. Tous les événements de ma vie m’ont menée précisément là. Les paroles d’Orelsan flottent quelque part dans ma tête. « Comme si j’avais vécu jusqu’à maintenant, seulement pour arriver à cet instant, j’ai vu la lumière … ». Et pendant que mes planètes et mes étoiles se réorganisent, Raphaël me dévisage de ses grands yeux noirs.

La première photo <3

J’échange un regard avec le papa, malgré les masques, je saisi son émotion. « On a réussi, on l’a fait ». Je crois que je pleure un peu.

Il coupe le cordon. J’expulse le placenta. La sage-femme recoud mes déchirures et cela me fait un peu mal. Mais je vis tout ça avec détachement, comme si mon corps n’était plus mien. Non moi je flotte quelque part, entre bonheur, émerveillement et sérénité. Il est là, il s’agite doucement contre moi. Tout va bien. Tout va bien.

Tout le monde sort. On nous laisse tous les trois. Je m’apprête à vivre les deux heures les plus douces de mon existence.

Categories: Lifestyle

Sandy

Les livres et les bonnes histoires m’ont toujours accompagnée. Dans mes loisirs, comme dans mes études. Après un baccalauréat littéraire, j’ai suivi ma passion jusqu’en licence de Lettres Modernes puis jusqu’en Master à l’intitulé nébuleux (Imaginaires et Genèses littéraires) après lequel j’ai pris une année de pause en pensant me consacrer à mes petits projets trop longtemps remis au lendemain avant de poursuivre mon cursus en thèse. Cette année fut d’une richesse incroyable, j’y ai appris énormément de choses et surtout j’ai entrepris ! J’ai lancé ma chaîne youtube, le présent blog, j’ai fondé Magic Mirror éditions, j’ai écrit mon premier roman et entamé le deuxième … Tant et si bien que la thèse attendra encore un peu

1 Comment

Allégories · le 16 décembre 2020 at 21:42

C’est bouleversant. Merci pour ce témoignage Sandy. Merci de partager ça , l’expérience la plus dingue de ton existence, avec nous.
Merci. Et si Raphaël lit ces lignes un jour, il n’y verra que de l’amour. C’est beau

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