Les Voies d’Anubis : voyage temporel, loup-garou et déception

Ce fut long, ce fut fastidieux, mais j’ai enfin terminé ma lecture des interminables Voies d’Anubis par Tim Powers. Ô soulagement salvateur !

Si vous vous êtes amusés à guetter ma petite image « Lecture en cours », vous avez pu remarquer qu’elle n’a pas été mise à jour depuis des siècles un mois, et pour cause ! J’ai été totalement accaparée par ce roman tentaculaire qui m’a perdue au fil des pages, sapant peu à peu mon envie de replonger le nez dedans.

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Mais avant de sortir les fourches et les torches, attardons-nous un peu sur notre future victime voulez-vous ?

La quatrième de couverture, flatteuse, vantait les qualités de l’auteur, les nombreuses récompenses littéraires gagnées à la force de sa plume et présentait  Les Voies d’Anubis comme LE grand classique à l’origine du courant Steampunk. Excusez du peu.

C’est néanmoins le résumé prometteur qui m’a jetée dans les griffes de l’ouvrage comme un moustique sur une lampe allumée : un personnage principal spécialiste de poésie anglaise, un voyage dans le temps au cœur du Londres victorien,  des loups-garous, de la magie noire égyptienne, un clown diabolique régnant sur une société souterraine, des dieux antiques … Oui, oui. Tout ça. Ce livre avait tout le potentiel pour me plaire, d’autant plus qu’il est publié chez Bragelonne qui jusqu’alors ne m’avait jamais déçue.

Si le programme était alléchant (trop peut-être ?), le voyage fut une déception lente et doucereuse. Tâchons d’examiner les raisons de cette déconvenue.

Premier problème majeur : je n’ai pas réussi à m’attacher aux personnages et je n’ai donc pas été touchée par les enjeux dans lesquels ils étaient impliqués. Il faut dire aussi que le personnage principal, sur qui est focalisée la narration, ne créé aucun lien durable avec les autres protagonistes et je pense que ça a joué une place dans mon manque d’empathie. La seule à avoir éveillé mon intérêt est Jacky, la jeune fille grimée en homme, qui traque impitoyablement Joe-Face-de-Chien, le loup-garou de service. Malheureusement elle n’apparaît que trop peu en dépit de son rôle important. J’allais écrire « son rôle important dans le dénouement de l’intrigue », mais je me suis ravisée et cela me porte vers le second point qui me chagrine : je cherche toujours le dénouement. L’auteur a ce talent assez horripilant de faire monter un peu la tension avant IMG_4475de démonter cet élan comme on crève un soufflet. Ce qui fait que le roman est dépourvu de cette scène de fin marquante, tendue au possible, bourrée de révélations qui résolvent le nœud  de l’intrigue. Et, je suis peut-être trop conventionnelle, mais ça m’a cruellement manqué. Je reste avec trop de questions sur le bout de mes doigts qui n’ont pas tourné les pages avec la fébrilité provoquée par un bon livre. Qui étaient vraiment les méchants de l’histoire (hormis un petit groupe de sorciers aux influences égyptiennes) ? J’aurais tellement aimé en savoir plus ! Que voulaient-ils vraiment ? Réveiller Anubis, peut-être (c’est dit dans le résumé mais ce n’est quasiment pas évoqué au sein du livre).  Faire tomber l’Angleterre, visiblement (mais pourquoi sacrebleu ?). Ils semblent plus obsédés à l’idée de capturer ce fade Doyle (notre personnage principal) pour lui poser des questions sur les failles temporelles dont il ne semble rien connaître.  Je sais bien qu’un roman appréciable est un savant mélange de mystères non résolus et de révélations inattendues, mais durant toute ma lecture des Voies d’Anubis j’ai été saisie par cette impression frustrante de ne pas en savoir assez pour apprécier correctement l’histoire. Tout est dit à demi-mot sans que ça ne fonctionne réellement pour moi.

Je ne m’attarderai pas sur la couverture trompeuse qui présente un immense Anubis comme si cela allait être le centre de l’intrigue alors que l’Egypte ancienne n’est qu’une très lointaine et plutôt vague toile de fond.

Néanmoins (et heureusement !) tout n’est pas à brûler dans ce roman. Le voyage dans le temps, par exemple, est traité avec originalité et fraicheur. Doyle est un professeur spécialiste des poètes anglais contemporains de Byron et, au début de l’histoire, il est train de reconstituer, pour une biographie, la vie trouée et obscure d’un écrivain mystérieux. Une fois catapulté en 1810, il finira par comprendre que cet auteur n’est autre que lui-même. Il connaît donc une partie de son destin et découvre les zones d’ombre de sa vie avec l’œil curieux du biographe. Je regrette juste que le problème du paradoxe temporel ne soit pas vraiment traité : Doyle retranscrit de mémoire les poèmes qui feront de Ashbless un poète, mais s’il a toujours été un biographe voyageant dans le passé et transposant les textes qu’il savait devoir écrire, qui les a écrits en premier lieu ? De même, il ne semble pas s’embarrasser des angoisses liées au voyage temporel (modifier le futur, entre autres), avec une réflexion un peu simpliste du genre « De toute façon tout se passera comme cela devait se passer ».

J’ai apprécié l’ancrage du récit, dans ce milieu littéraire anglais, qui fait des grands Byron et Coleridge de vrais personnages à part entière en se basant sur de vrais éléments historiques ayant émaillé leurs vies. C’était fort bienvenu quoique trop peu exploité à mon goût.IMG_4474

J’ai dit plus tôt que les personnages ne nouaient pas de liens entre eux, ce n’était pas complètement vrai. On voit se développer peu à peu cette relation haineuse entre Doyle et le duo Romany-Romanelli, et je trouve ça intéressant car on découvre la genèse de leur antagonisme et c’est le stade des rapports entre héros et méchants que l’on montre rarement.

De façon globale, l’histoire est digne d’intérêt et pique la curiosité, cependant la narration s’attarde trop lourdement et trop longtemps sur des moments pas palpitants pour passer rapidement sur des évènements ou des détails plus croustillants. C’est dommage, car traitée différemment, cette intrigue aurait pu être vraiment passionnante. L’écueil se trouve là pour moi : avec le recul l’histoire est bonne, mais je n’ai pas passé un agréable moment de lecture et cela discrédite ce roman puisque en dépit de ses thèmes parlants il n’a pas su imprimer sa marque sur mon cœur de lectrice.

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9 comments

  1. J’avais moi aussi songé à le lire – je cherchais un roman steampunk digne de ce nom – mais un petit je ne sais quoi m’a coupée dans mon élan, peut-être l’intuition de cette déception que tu décris ici dans ton article.

    1. Oh quelle bonne intuition tu as eu ! :p Après mes avis n’engagent que moi, d’autres vont peut-être le trouver très bien, mais si tu cherches un bon vrai roman steampunk il y a mieux que ça je pense 😉

    1. Je ne suis pas une spécialiste du genre, mais j’ai beaucoup beaucoup aimé la trilogie « A la croisée des mondes » de Philip Pullman. Sinon je vais bientôt lire « New Victoria » de Lia Habel, en espérant de pas être déçue cette fois-ci !

  2. J’ai lu que très peu de livres dans le genre du steampunk, mais celui-ci je ne le connaissais pas. Il a l’air bien, tu en vantes ces qualités. Cependant, c’est une bonne chose que tu mettes les points négatifs aussi, et je ne pense donc pas que je le lirai. J’aurai peur d’être déçue, sur ma faim, et c’est quelque chose qui m’énerve vraiment, d’être sur ma faim à la fin d’un livre parce qu’il manque quelque chose.
    Merci beaucoup pour cette riche critique

    1. Haha moi aussi ça m’énerve, d’autant plus quand le livre est super long, je me sens souvent obligée de le finir parce que j’ai peur de louper le moment où ça va décoller :p. Merci à toi de me lire et de me commenter 🙂

  3. Merci pour cette revue ! Moi qui aime les fins surprenantes et les climax explosifs, je pense que j’aurais toutes les chances d’être aussi déçue ^^.

    1. Merci à toi pour ton commentaire 🙂 Ah oui, en effet si on aime les fins explosives il vaut mieux passer son chemin malheureusement ^^’

  4. J’avais beaucoup apprécié à l’époque. Mon souvenir est un peu vague mais est resté très positif. Un vrai plaisir de lecture. (quelle perte de temps, cet anti-spam ^^)

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