Ce que murmure la mer, écailles et écumes

J’ai croisé les lignes de Ce que murmure la mer un peu comme on croise le regard d’un inconnu au milieu d’une foule. Vous savez, ce genre de regard qui vous accroche le cœur et qui vous fait penser « Ok, cette personne-là doit faire partie de ma vie ».

Nous avons reçu une quantité incroyable de manuscrits en mai 2017 pour l’Appel à Textes Ecailles et Ecumes. Des histoires très originales, d’autres aux univers extrêmement riches, d’autres moins abouties, certaines surprenantes … Une multitude. Et, au milieu de cette masse de textes éclectiques, mes yeux se sont posés sur un roman qui s’intitulait encore à l’époque Les Hommes perdus. Et ça a été un coup de foudre. En quelques lignes à peine j’ai su.

Les mots fins et ciselés de Claire Carabas m’ont d’emblée faite frissonné et m’ont emmenée loin de chez moi, au cœur de l’océan et sur cette côte battue par les vents.

Ce que murmure la mer, c’est l’histoire de celle qui sera nommée Galathée car elle se trouve incapable de prononcer son prénom. C’est une sirène, indépendante et éprise de liberté, qui un jour croise la route de Yvon, marin chevronné, mélancolique et solitaire. Elle va l’accompagner tout à long de la course en solitaire qu’il dispute autour du globe, présence surréaliste, aussi discrète que prégnante. Déchirée de voir la terre le reprendre à elle, elle va commettre l’irréparable pour le rejoindre. Mais il lui sera difficile de trouver sa place dans le quotidien de cet homme qu’elle ne connait pas vraiment.

Quelque chose en moi a raisonné à la lecture de ce roman. J’ai été bouleversée par la façon qu’a Claire Carabas de décrire certains sentiments, d’imager certaines scènes. Le style de l’auteure est simple mais plutôt poétique et composé de magnifiques images quand il s’agit de parler de la mer et de la douleur.

Il n’y a pas de suspense, pas de grande surprise, la trame d’Andersen est (presque) parfaitement respectée. Mais la beauté de cette histoire réside dans la psychologie des personnages. Le côté très intrusif, très intime de la narration alternée entre les Galathée et Yvon nous fait percevoir tout ce qui se joue (ou ne se joue pas) dans leurs coeurs, dans leurs têtes et j’ai trouvé cela fascinant. On sent le drame se nouer dans leurs pensées avant même qu’ils ne s’en aperçoivent, j’ai trouvé cette lecture très … viscérale.

S’il n’y a pas de grande révélation et d’intrigue tortueuse, j’aime le fait que Galathée créé sa propre tragédie (si elle n’était pas venue sur terre, Yvon n’aurait peut-être jamais rencontré Johanna). Il y a le côté implacable des tragédies grecques. On sait dès le début qu’elle ne parviendra pas à le séduire sans sa voix, et pourtant on espère. Jusqu’à la fin. Jusqu’à cet ultime baiser la joue, presque arraché, presque douloureux.

 

Ce n’est pas une histoire d’amour, c’est une histoire de rendez-vous manqués et de silences. D’incompréhension. C’est plus qu’une romance empêchée, c’est un livre qui parle d’intégration, de l’importance de la famille, de la liberté, du rapport à soi-même, au corps et aux autres.

Je ne sais pas comment exprimer clairement pourquoi ce roman m’a si profondément touchée, mais je pense que c’est en partie dû la légèreté mêlée d’intensité, à l’élégance et à la simplicité de l’écriture de Claire Carabas.

Pour vous procurer le livre en version numérique ou brochée, c’est par ici 🙂

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4 comments

  1. J’ai le droit d’être jalouse de cette capacité que tu as à mettre de si jolis (et si justes) mots sur le ressenti que peut procurer une lecture?!

  2. Par ma part, j’ai trouvé quelque longueur au texte. Cependant la fin m’a éblouit. Je l’ai tout bonnement adoré.

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