Ce que j’aurais aimé savoir avant de lancer Magic Mirror éditions

Vous le savez si vous me suivez depuis longtemps, en 2016 j’ai ouvert ma propre maison d’éditions spécialisée dans les réécritures de contes de fées : Magic Mirror éditions. Au moment de créer l’entreprise je n’avais guère d’expérience en matière d’édition : fraîchement diplômée d’un Master Recherche en Imaginaire et Genèse Littéraire, je me suis armée de tout mon optimisme pour apprendre le métier en autodidacte, souvent directement sur le terrain.

Ces quatre dernières années ont été plutôt mouvementées et j’ai beaucoup appris, parfois dans la douleur, avant de faire les choses « correctement ». Le monde l’édition est un milieu aussi effrayant que passionnant et je sais qu’il me reste encore pas mal de choses à appréhender, mais déjà, après six livres édités, je peux dresser le bilan de ces petits trucs que j’aurais aimé savoir avant de me lancer 😉

Une maison d’édition est une entreprise !

Alors oui, ça peut paraître bête dit comme ça, je sais. Mais quel que soit le projet qu’on monte il ne faut jamais négliger l’aspect entrepreneuriat pour se consacrer à ses compétences techniques. Je m’explique : avant de lancer MME je me suis énormément documentée, notamment auprès du Syndicat National des Editeurs sur le métier, le circuit du livre, toutes les étapes, comment faire, la BNF, l’ATILF, l’Agessa, comment gérer les auteurs, comment corriger un texte … etc. Je me suis concentrée sur le métier. En revanche, déterminer le statut juridique adéquat à mon entreprise, calculer mes seuils de rentabilité, réaliser une étude de marché et un plan de financement, j’ai clairement fait l’impasse dessus. Cela ne me semblait pas important (ni intéressant, je l’admets) et je m’en suis très vite mordu les doigts. Avoir fait ce travail en amont m’aurait permis de prendre de meilleures décisions pour MME, notamment pour fixer les prix de vente et les Droits d’Auteurs. A titre indicatif, à cause de cette légèreté prise sur le côté business de la boîte, on vend Le Bois-Sans-Songe à perte et on ne peut plus rien y faire. Donc voilà, qu’importe la passion qui nous anime, il ne faut pas perdre de vue que quand on est entrepreneur, on gère une entreprise (qui a besoin d’être rentable).

Le monde n’attendait pas MME

C’est tellement évident et même temps dur à réaliser. J’avais une confiance inébranlable en mon concept : les réécritures de contes de fées tout le monde aime ça autant que moi et n’attend que ça, non ? (Spoiler : non ! ). J’ai dû en baver pour susciter un engouement autour de la maison. Encore plus pour pousser les potentiels lecteurs à acheter nos livres. Quand Ronces Blanches et Roses Rouges est sorti, nous avions atteint les 1000 followers sur FB. Et je me souviens m’être naïvement dit « Waw c’est génial, si ces 1000 personnes achètent le livre on va être en rupture de stock dès la sortie ! » (Spoiler : ce n’est pas arrivé !). Si j’avais su à l’avance que le monde du livre n’attendait pas MME et que l’engagement sur les réseaux sociaux ne garanti pas un acte d’achat, cela m’aurait évité bien des déconvenues et des phases de moral en berne, et j’aurais surtout pu anticiper à l’avance une communication et une gestion différentes.

LA POSTE SERA MON PIRE CAUCHEMAR

Si vous saviez x) J’avais pris en compte presque tous les coûts de l’impression et de la commercialisation des livres. J’avais décidé de me passer d’un distributeur pour économiser (ils prennent un sacré pourcentage) et pouvoir mieux rémunérer les auteurs. Je pensais que l’on pouvait assurer la diffusion nous et que pour la distribution La Poste serait notre alliée. Mouahah. En dépit de la carte pro que MME a souscrit auprès de La Poste, nous payons très cher chaque envoi. Je n’avais pas anticipé non plus que Amazon nous imposerait un montant de frais de port. 2,99 €, pas un centime de plus. J’ai donc fait le choix de mettre les frais de port sur notre boutique au même prix pour éviter que tous nos lecteurs passent par Amazon s’ils offrent de meilleurs tarifs que nous (parce que bon, Amazon se prend aussi un joli pourcentage au passage). Ce qui fait que, qu’importe le canal, pour recevoir Le Bois-Sans-Songe (pour rester sur cet exemple) les lecteurs paient 2,99€ quand nous payons 6,08€. Je vous laisse faire le calcul …

Je ne peux pas tout faire toute seule.

Je ne suis pas Shiva, ni un poulpe, encore moins Wonder Woman. Et surtout je n’ai pas les compétences pour assurer toutes les tâches nécessaires à la gestion et à la vie d’une maison d’édition. Il m’aura fallut 3 ans pour le comprendre et l’accepter. Et une fois ce constat intégré, quel soulagement ! J’arrête de culpabiliser parce que je ne sais pas, je n’arrive pas ou je n’ai pas le temps de faire quelque chose. Merci aux filles qui ont intégré l’aventure pour ça. Mais je ne peux m’empêcher de me dire que si j’avais su ça dès le début, tout aurait été beaucoup plus simple. Parce que, clairement, mon domaine de compétence à moi ce sont les textes. Sauf qu’être éditeur ce n’est pas juste lire des manuscrits et travailler avec les auteurs sur les textes à éditer. Il y a des dizaines d’autres tâches à accomplir et il faut en avoir les compétences. Si j’ai réussi à en acquérir certaines, pour d’autres c’est tellement plus sain de déléguer !

Que le modèle archaïque n’est pas toujours celui qui marche.

Ou du moins celui qui marche le mieux pour les petits éditeurs indépendants. Je me suis entêtée à vouloir faire le plus possible « comme les grands », surement à cause de mon syndrome de l’imposteur. J’avais peur que les auteurs nous trouvent peu sérieux, peu fiables, alors j’ai tout fait pour adopter les méthodes des maisons bien installées. Mais n’est pas Gallimard qui veut. J’ai récemment accepté qu’en continuant comme ça, on irait droit dans le mur. C’est pourquoi en 2020, on change complètement de modèle éditorial. Vous ne vous rendrez compte de rien en tant que lecteurs, mais derrière le miroir ça déménage et tout change ! Pour le mieux, j’en suis convaincue 🙂

Merci de me suivre dans cette aventure depuis 2016, c’est aussi un peu la votre <3

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2 comments

  1. Ton article est super intéressant.
    J’ai vu naître la maison d’édition et j’ai pu lire votre première parution, que je chérie toujours autant, tant par la qualité de son design que de son contenu.
    Je ne pensais pas, sûrement naïvement, que le quotidien derrière le miroir pouvait être aussi compliqué.
    Je pense toutefois que Magic Mirror créer sa place année après année dans le milieu du livre. Je vois de plus en plus de vos livres apparaître sur les comptes des lecteurs sur Instagram.
    Je souhaite une bonne continuation à la maison d’éditions pour les années à venir,et en 2020 je m’offrirais sûrement Le lac des cygnes, Ce que murmure la mer et Le musicien pour compléter ma collection.

    1. Oh oui, tu faisais partie de nos premiers SP, je me souviens :). Merci de nous suivre depuis tout ce temps !
      Après je me focalise ici sur les choses difficiles, mais il y a aussi plein d’aspects super cool dans cette aventure. C’est juste qu’avant de me lancer je ne voyais que ça, la réalité est un subtil mélange de choses chouettes et d’autres plus compliquées ^^’.
      En tous cas, merci beaucoup.

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